Peinture contemporaine
Nous étions très inquiets, en arrivant à Alice Springs, de l'état de santé de Nyurrapaya Nampijinpa Bennett alias Mrs B. Aux dernières nouvelles son bilan de santé était fort inquiétant.
Mais nous avons eu le plaisir de trouver une petite dame bien installée sous l'auvent de l'atelier Yanda, certes affaiblie, mais plutôt guillerette, heureuse de notre visite et nous gratifiant de rires, de chants et d'un discours prolixe et enjoué, qu'hélas, trois fois hélas, nous ne comprenions pas.
Les mois qui viennent sont le moment du regroupement des Aborigènes dans leur communauté, cela correspond aux grandes cérémonies de la saison sèche,
mais Mrs B ne rentrera probablement pas à Tjukurla, sauf pour un court séjour, car la vie dans le bush est devenue
trop dure pour une vieille dame comme elle.
Elle ne se lève que difficilement et avec de l'aide. Elle restera à Alice Springs aux bons soins de Stew, son dévoué bushman.
Excellent signe, après une longue période d'inactivité, elle a réclamé à peindre. On lui a donné de petites toiles et elle a réalisé plusieurs excellents petits tableaux.
Quand elle ne peint pas, elle attend les visiteurs, parle aux chiens et aux oiseaux, et chante.
Cette toile de 2010 est sans doute l'un des derniers grands formats peints par Mrs B.
152x122
Origine : nord du Maharashtra, tradition Warli, Inde
medium : fond : peinture à l'eau sur coton (vert sombre), motifs : peinture à l'huile - 89x55cms
Du haut en bas
- Les paons annoncent la saison des pluies
- Des nuages masquent le soleil.
- La pluie tombe, les personnages s'abritent sous des feuilles ou avec des abris de bambous tressés. Ils regroupent les boeufs.
- On repique le riz
- La pluie continue, on laboure. Scènes de la vie quotidienne :une femme sème des lentilles (à gauche) une autre berce un enfant dans un
hamac(à droite), on recueille l'eau du toit, etc..
- La pluie faiblit, les abris de bambou restent à portée de main, on récolte le riz.
Les
personnages sont formés de deux
triangles,
symbole de l'équilibre parfait. Les femmes se distinguent par le chignon.
Des Aborigènes d'Australie aux Adivasis de l'Inde, c'est toujours la même histoire... celle des premiers occupants d'un territoire, tribus de chasseurs-cueilleurs, repoussés par les vagues migratoires de peuples venus d'ailleurs qui, peu à peu, s'emparent de la terre et repoussent les indigènes dans les contrées les plus inhospitalières, en l'occurence, des montagnes couvertes de jungles. "Adivasi" est d'ailleurs un mot indi qui signifie littéralement "ceux de l'origine" c'est à dire les Aborigènes.
TARPA DANCE (60x44cms) , Artiste : Sanjay B. Parhad
medium : fond : « dung » (bouse de vache + colle de poisson)
motifs : farine de riz + colle
Les personnages sont formés de deux triangles, symbole de l'équilibre parfait. Les
femmes se distinguent par le chignon. La danse « Tarpa », du nom de la sorte de flûte (au centre) qui l'anime, forme une spirale et mêle les hommes et les femmes. Elle marque les fêtes « Diwali »
en octobre et novembre qui célèbrent un mythe : la victoire des dieux et des hommes sur les démons et celle de la lumière sur les ténèbres.
La peinture que nous présentons est celle des Warlis,
l'un des peuples adivasi, qui vit dans le nord du Maharashtra, sur la face ouest de l'inde. Cette peinture jouit déjà d'une certaine notoriété grâce à un homme, Jivya Soma Mashe, qui dans les
années 70 popularisa des oeuvres sur toile en s'inspirant des motifs traditionnels. Par la suite le gouvernement indien, avec Indira Gandhi en personne, des organisations non gouvernementales,
puis des collectionneurs, aidèrent Jivya Soma Mashe à faire connaître cet art.
Le langage pictural des Warlis remonte à la préhistoire.
Il reflète la relation que ce peuple entretient avec la nature, les animaux, les plantes et le déroulement des saisons. Peuple de chasseurs cueilleurs, animiste, égalitaire et pacifique, reconverti par necessité à une petite agriculture, il n'en reste pas moins très proche de la vie sauvage où s'incarne l'énergie primordiale.
La peinture, sobre et subtile, bicolore, raconte la vie collective, le rythme des saison, la proximité des animaux domestiques ou sauvages et évoque les mythes fondateurs.
Traditionnellement, la pâte de riz est le seul médium utilisé sur les murs des maisons faite de de karvi, d'argile et de bouse de vache.
Rituellement, seules les femmes mariées font ces peintures à l'occasion des mariages, eux-mêmes conduits par les femmes veuves. C'est un collectif de femmes qui s'emploie à peindre la maison des mariés pendant la fête, laquelle dure trois jours. Les peintures sont rafraîchies au fil des années si les murs demandent réparation.
L'art warli différe radicalement de l'expression de la société environnante.
Lorsqu'elle fut découverte au début des années 70, elle fit sensation. Elle était alors totalement inconnue dans les villes. Elle n'utilisait pas les tons vibrants des couleurs primaires et ne contenait pas la robuste sensualité souvent associée aux traditions indiennes. Elle sembla alors étrangement ascétique et tournée vers une spiritualité originelle attachée à l'essentiel. Et c'est sans doute ce qui la distingua.
Peinture traditionnelle sur les murs de torchis
Rêveurs, mes frères, nostalgiques du bon sauvage, mélancoliques du paradis perdu de nos origines, réjouissons-nous! La vie merveilleuse des chasseurs
cueilleurs n’est pas éteinte dans le désert d’Australie.
Les habitants
de Kiwirrkura l'affirment, deux groupes d'une dizaine de personnes chacun vivent à l'heure actuelle à la manière ancestrale c'est à dire se nourissent de la chasse et de la cueillette, se
déplacent au rythme des saisons, et nomadisent en suivant les itinéraires ancestraux.
On pensait que le tout dernier groupe était "sorti" du désert en 1984 à la suite du dècès de
son patriache, les journaux avaient alors rapporté l'évènement sous le titre "The last tribe". Vraisemblablement, ils se trompaient.
Kiwirrkura est une communauté de pintupis située à 800 kms à l'ouest d'Alice Springs en plein désert Gibson. Les deux groupes nomades repérés sont des
pintupis qui leur sont apparentés. Ils ont eu de rares et brefs contacts avec eux à des moments où l'eau manquait cruellement par l'action combinée de la sècheresse et de la pollution par les
déjections des chameaux.
Les gens de Kiwirrkurra sont à la fois admiratifs et craintifs à leur égard, ils leur prêtent des pouvoirs magiques particuliers.
Ces groupes errants n'ignoreraient nullement l'existence de notre merveilleuse société d'abondance et de technologie, mais ils auraient fait le choix du mode de vie
ancestrale ne s'encombrant ni de biens ni de vêtements, et honorant les sites sacrés des chemins du Rêve comme l'a fait leur peuple depuis des millénaires.
Thomas Tjapaljarri, "Tingari ancestors", 200x150
Les Warlis sont un peuple de l'immense échiquier indien. Leur territoire se situe autour de Dahanu, dans le distict de Thane, au nord du Maharashtra (Bombay). Ils font partie des Adivasis, c'est à dire, littéralement, des aborigènes de l'Inde. Ils habitaient déjà les jungles indiennes bien avant l'arrivée des indo-européens. Ils étaient alors chasseurs-cueilleurs. Hors castes, ils furent au fil des siècles, persécutés et repoussés vers les montagnes et leur territoire se rétrécit comme peau de chagrin.
Pour survivre ils apprirent à cultiver sans abandonner tout à fait la chasse et la cueillette. L'occupation de l'Inde par les anglais leur donna un coup supplémentaire en attribuant des concessions prises sur leurs terres à des propriétaire qui les exploitèrent sans vergogne. Il y eut des tentatives de révolte durement réprimées.
Aujourd'hui ils continuent à cultiver de minuscules parcelles en rizières, lentilles et cultures vivrières, qu'ils travaillent avec des boeufs. Ils habitent des maisons de torchis faites d'un mélange d'argile et de bouse de vache et maintiennent des traditions remontant à la préhistoire.
Pauvres mais pas misérables, les Warlis mettent un point d'honneur à ne jamais mendier. Lorsque la terre ne suffit pas à les nourrir ils s'embauchent dans l'industrie dans les
villes les plus proches, Dahanu et Bombay, où, par manque de formation, ils occupent les postes les plus ingrats.
Contrairement à la la société qui les entoure, ils sont sans caste et les femmes y ont une place importante. Leur religion est une forme d'animisme dominée par la déesse mère qui s'incarne dans les élements de la nature.
Ils ont maintenu une forme artistique très originale, aussi sobre et subtile que l'art indien est friand de fioritures.
Les motifs, blancs sur fond sombre et uni, sont traditionnellement peints par les femmes sur les murs des maisons à l'occasion des mariages. Ils célèbrent le jeune couple, la nature et racontent les mythes de création.
Depuis les années 70, encouragés par un travailleur social, les Warlis peignent ces motifs sur des toiles de coton dans un but commercial.
Cette activité est portée par le plus ancien et le plus connu d'entre eux : Soma Mashe, âgé aujourd'hui de 80 ans qui encourage les jeunes générations.
Cette activité donne aux Warlis une reconnaissance et un apport économique dont ils ont grandement besoin.
A Lyon, deux espaces d'exposition :
- L'Atelier L' Encadreur du Parc,
38 rue tête d'or, 69006
et
- Voyageurs du Monde / Terres d'aventure,
5 quai Jules Courmont, 69002
présenteront cette exposition qui réunira les toiles de 10 Anciens, nés dans le bush, dûment initiés, grands noms de l'art contemporain du désert : George Tjungurrayi Hairbrush, Nyurrapaya Nampijinpa Bennett, Walangkura Napurrula, Ronnie Tjampijinpa, Ningura Napurrula, George Ward Tjungurrayi, Walala Tjapaljarri, Judy Watson Napangardi, Eileen Napaljarri, Paddy Tjapanangka Lewis
Des artistes de la nouvelle génération, souvent fils, fille ou neveux et nièces des Anciens (Dorothy Napangardi, Nilyiari Tjapangati, Katherine et Debra Nakamarra, etc...) seront également présentés dans l'exposition qui regroupera au total 80 oeuvres réparties entre les deux sites.
Grâce à plusieurs panneaux pédagogiques et une conférence, vous pourrez apprécier pleinement votre rencontre avec ce langage multi
millénaire.
Les toiles seront disponibles à la vente.
Ci-dessous : Nyurrapaya Bennett Nampijinpa, 110x122cms
Il vous reste deux semaines pour découvrir l'exposition de peintures aborigènes qui se tient depuis le début de l'été dans le cadre superbe de la Collégiale Sainte Croix de Loudun.
A ce jour 4890 personnes ont pu contempler des toiles originales d'Australie et comprendre, grâce aux panneaux explicatifs et au guide de visite, les liens étroits entre cette expression picturale et la spiritualité des Aborigènes d'Australie.
Information :
05 49 98 62 00 / www.ville-loudun.fr
Ouverture du mardi au dimanche
de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Jusqu'au 2 octobre 2011
Le site de Ngamurru est connu pour l'abondance des graines d'acacia que l'on transforme en farine, utilisée pour confectionner les « latjas », sortes de galettes consommées pendant les cérémonies.
La toile montre les graines, les sources, la nourriture et de nombreuses femmes réunies. Les couleurs de terre sont traditionnelles et la manière, subtile, traduit les vibrations du territoire sacré.
ci-dessous : Ngamurru de Yinarupa nangala, acylique sur lin, 112x102
Elle a très tôt développé son propre style qui tresse les élements spirituels et les formes physique de sa terre « Ngamurru », un lieu important pour la vie rituelle des femmes.
Elle peint activement et partage son temps entre Jupiter Well en territoire Pintupi et Alice Springs où grandissent ses cinq enfants.
L'exposition a démarré très fort à Loudun où les oeuvres de grands initiés aborigènes dialoguent avec les fresques sacrées du XIIIème. Le cercle, vibrant et concentrique, grand symbole des peintures aborigènes, ne sera pas sans vous rappeler l'auréole qui cerne la tête des personnages de l'Evangile. Signe universel du sacré, le cercle matérialise ce que, dans d'autres traditions, on nomme l'aura.
Ne manquez pas ce rendez-vous avec le "Temps du Rêve", vous y rencontrerez la charmante Mélanie qui vous remettra un guide de visite (gratuit) et vous proposera un programme de sensibilisation à l'intention des adultes et des enfants.
Information :
05 49 98 62 00 / www.ville-loudun.fr
Ouverture du mardi au dimanche
de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Jusqu'au 2 octobre 2011
Tjuringa (ou tjurunga) est le nom donné par les Aborigènes a certains objets sacrés et extrêmement secrets, porteurs, recto verso, des motifs claniques. Ce sont
des objets gravés, de formes variées, plates, arrondies ou ovales, en bois ou en pierre. Leur importance est considérable dans les cérémonies telles que l'initiation des jeunes
hommes.
Objet mystèrieux entre tous, le tjuringa est véritablement une matérialisation de l'esprit ancestral. A ce titre il est considéré comme dangereux. Le voir et le manipuler est réservé aux hommes pleinement initiés des clans dont le rôle est le dialogue avec le Tjukurpa, l'espace temps sacré, celui d'avant la naissance et d'après la mort, que nous nommons "Temps du Rêve".
Si ces images proviennent du Temps du Rêve, comment surgissent-elles dans la pierre ou le bois ?
Selon les Aborigènes, un churinga est produit spontanément lorsque l'esprit ancestral vient s'incarner dans le corps d'un l'enfant à naître, c'est à dire lorsque la future mère ressent les premières manifestations de sa grossesse. L'objet n'est pas immédiatement accessible, il s'agira, pour le père, aidé des aînés de sa famille de le rechercher. Les indications fournies par la mère, notamment le lieu où elle a ressenti sa grossesse pour la première fois, permettront d'identifier l'esprit ancestral et guideront les recherches.
On peut supposer qu'un grand-père connaissant l'emplacement d'un churinga ayant appartenu à une personne décédée, aidera à dénicher l'objet.
Parfois le churinga est trouvé, parfois non. Dans ce dernier cas, les hommes en fabriquent un nouveau qu'ils gravent des motifs claniques de l'enfant, c'est à dire les motifs attachés à son esprit ancestral (par exemple opossum, grenouille, kangourou ou autre... )
Quoi qu'il en soit, chaque Aborigène possède son churinga caché dans quelque grotte ou anfractuosité et
que l'on ne sort que pour les cérémonies importantes. Les churingas des femmes sont gérés par les hommes initiés, elles en connaissent l'existence mais ne les voient pas. Les motifs leurs
sont communiqués sous forme de peintures de corps ou de sol, lors de leur initiation.
Les toiles sont souvent la reprise pure et simple d'une face du
churinga, ici par Kenny Williams Tjampijinpa.
Kunya Kutjara
(Deux serpents) 152x91 acrylique sur lin
Cette toile parle du cheminement des 2 serpents Pythons, appelés Kunya, et de leur voyage mythique jamonné de points d'eau (les cercles). Les lignes ondulantes rappellent la trace des serpents
dans le sable et aussi le ruissellement de l'eau dont ils sont créateurs.
Vous pouvez voir ces peintures lors des expositions que nous organisons dans différentes villes de France ou sur rendez-vous.
Contact : 0609306845 wanampi.mp@orange.fr
Partenaires :
Dijon : Espace Christian Tiercin, 30 rue charrue ; Lyon exposition permanente, l'Encadreur du Parc, 38 rue Tête d'or; Nice : Exposition permanente, Noor Arts, 2 rue Valperga, 0607937475; Strasbourg : Noor Arts, tel : 0607937475