Ngurra : comment devient-on gardien de la terre ?

Publié le par Wanampi

On sait que les Aborigènes ne peignent que les motifs qu'ils sont autorisés à représenter, motifs en lien étroit avec le territoire auquel ils sont attachés. Il ne s'agit pas de possession au sens occidental, mais plutôt de «tenir» la terre, au sens de la célébrer et entretenir le lien avec elle.

Ces motifs, constitués de signes à valeur symbolique, évoquent ou racontent. Ils ne sont pas en grand nombre, et beaucoup d' artistes n'en peignent dans leur vie, qu'un seul, de façon - à nos yeux - un peu obsessionnelle, quoique jamais strictement identique. Ngurra ("Mon pays" dans les langues du désert ) est un titre souvent donné aux œuvres. La peinture est tellement liée à la « propriété » de la terre qu'elle a été, et est encore, utilisée par les Aborigènes dans leurs revendications de droits fonciers.

Tiger Palpatja, était né sur l'itinéraire chanté des « Deux serpents Wanampi» qui traversèrent la contrée et créèrent le site de Piltati où est né le peintre. Deux femmes ancestrales se changèrent en serpents géants (les wanampi) pour créer des points d'eau. La peinture montre les deux serpents et les points d'eau. Tiger (né vers1920 , décédé en 2012)  a livré de très nombreuses versions de ce même thème.

Tiger Palpatja, était né sur l'itinéraire chanté des « Deux serpents Wanampi» qui traversèrent la contrée et créèrent le site de Piltati où est né le peintre. Deux femmes ancestrales se changèrent en serpents géants (les wanampi) pour créer des points d'eau. La peinture montre les deux serpents et les points d'eau. Tiger (né vers1920 , décédé en 2012) a livré de très nombreuses versions de ce même thème.

Qu'est-ce qui autorise telle personne à se dire « gardien » ou « propriétaire » de tel lieu ?

Il y a plusieurs fondements possibles à cette revendication : - Y avoir été conçu (précisons que la conception est vue comme un événement cosmogonique où les humains n'ont qu'une faible part), - avoir été conçu dans un autre lieu mais situé sur le même mythe itinéraire (piste chantée), - y avoir été initié, - y être né, - que l'un des parents ou des grand-parents y ait été conçu, - qu'un proche parent y soit décédé... ou d'autres événement fortement signifiants. Alors l'essence spirituelle du lieu a pénétré en vous et vous anime.

Mais ceci ne suffit pas : Les droits n'existent vraiment qu'acceptés par les autres, c'est alors le produit de la confiance, des connaissances, de la bonne conduite et aussi le fruit de négociations. La « tenue » d'un territoire est un accomplissement.

Les deux géantes ancestrales auxquelles se réfère la peintre Ningura Napurrula, gardienne du site, se nomment  justement Napaltjarri (comme sa mère) et Napurrula (comme elle-même). Le site a trait à l'enfantement. Le relief du site de Wirrulnga, montré dans la peinture par les formes arrondies, sont les ventres des parturientes. Le dreaming s'actualise dans le mythe et la peinture. Wirrulnga est le seul thème peint par Ningura

Les deux géantes ancestrales auxquelles se réfère la peintre Ningura Napurrula, gardienne du site, se nomment justement Napaltjarri (comme sa mère) et Napurrula (comme elle-même). Le site a trait à l'enfantement. Le relief du site de Wirrulnga, montré dans la peinture par les formes arrondies, sont les ventres des parturientes. Le dreaming s'actualise dans le mythe et la peinture. Wirrulnga est le seul thème peint par Ningura

Ngurra (Mon pays) en tant qu'entité topographique, préexiste à la société humaine. Il est la résultante des tumultueuses histoires du dreaming.

Le peintre aborigène, s'il affirme le lien d'une œuvre au territoire et en revendique le thème comme sien, signifié par le nom du lieu (exemple « Wirrulgna » pour Ningura Napurrula, Piltati pour Tiger palpadja), ou le nom du mythe sous-jacent (par exemple « Tingari ancestors pour Warlimpirrnga), ne disserte pas plus avant sur cette question que les non-aborigènes leur posent cependant avec beaucoup d'insistance, espérant capter quelque chose de leur rapport si étrange à la spiritualité et à la terre. Et s'il en parle, c'est avec un extrême gravité qui en fait ressentir l'aspect sacré.

Cette personne (peintre « commercial » ou non) se considère comme une incarnation de la figure mythique qui fut active sur le lieu en question, puis laissée là sous forme d'esprit-enfant (ou essence spirituelle), disponible pour insuffler son énergie aux vivants. Ces figures, héros et héroïnes du Dreaming, sont souvent confondus avec certains ancêtres plus proches et plus réels, par exemple un grand-père, (ce dernier étant déjà une incarnation). L'idée de l'incarnation d'un esprit éternel, disponible pour les humains attachés au lieu, est une sécurité identitaire. Cette figure ancestrale, créatrice de la terre, de ses caractéristiques physiques, est elle-même reflet d'un événement vécu dans le temps mythique, elle attache inexorablement la personne à son territoire.

Samantha Daniels Napaljarri, née sur le rêve-itinéraire "Seven sisters" peint le site où les soeurs rencontrèrent les Wati Kutjara (les hommes initiés)

Samantha Daniels Napaljarri, née sur le rêve-itinéraire "Seven sisters" peint le site où les soeurs rencontrèrent les Wati Kutjara (les hommes initiés)

Le lieu, le mythe afférent, la figure incarnée, et les personnes qui en partagent l'essence, sont de même substance et forment un clan.

Les membres du clan performent régulièrement dans les sites sacrés. C'est durant ces performances que la peinture prend sa place, pour magnifier les corps et le sol, rendant perceptible l'invisible.

Au sein du clan se trouvent deux catégories, les personnes liées au site par leur lignée maternelle, on les appelle « Wartunkurlu », ce sont les gardiens de l'orthodoxie de la cérémonie (On traduit cela par « manager » ou « policeman ») et les personnes liées au site par leur lignée paternelle que l'on appelle « Kirda » qui agissent le rituel (chantent, dansent, miment) et que l'on traduit par « acteur » ou « boss ».

Cette collaboration stricte et codifiée projette des relations signifiantes du passé dans le présent, du présent dans le futur et ainsi fait perdurer la structure sociale. Peindre un motif sans y être dûment autorisé par l'une des conditions requises et surtout jugé digne de « tenir » le site et son mythe, est donc une faute grave sévèrement sanctionnée.

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Publié dans ART D'AUSTRALIE

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