Pourquoi les Aborigènes, nomades dans l'âme, ont cessé de marcher à travers le désert.

Publié le par Wanampi

Yannima Pikarli Tommy Watson peint son désert. Ici une oeuvre de 112x102 cm

Yannima Pikarli Tommy Watson peint son désert. Ici une oeuvre de 112x102 cm

Dans le centre de l'Australie, les Aborigènes ont conservé un style de vie nomade ou semi nomade jusque dans les années 1960. Mais, mis à part quelques tribus en particulier pintupi, une sédentarisation progressive avait eu lieu, par force, depuis bien longtemps. C'est la construction du chemin de fer entre Adelaide et Alice Springs (1929), puis jusqu'à Darwin, qui a amené des Occidentaux dans le désert central et sonné le glas du mode de vie ancestral. Des missionnaires, des éleveurs, des mineurs, des fonctionnaires et des aventuriers pénétrèrent alors le désert, imposant leur lois et leurs coutumes. Les éleveurs en particulier, n'eurent aucun état d'âme avec les natifs. Pour eux, ils étaient des nuisibles qu'il fallait détruite ou, au mieux, repousser. En effet, les Aborigènes ignorant l'idée de propriété du bétail, se mirent à chasser ces étranges animaux – bovins et ovins, non natifs de l'Australie – qui avaient très bon goût. Des représailles sanglantes eurent lieu.

Image archétypale du nomadisme par Kenny Williams Tjampijinpa, oeuvre de 1999, (122x91 cm)

Image archétypale du nomadisme par Kenny Williams Tjampijinpa, oeuvre de 1999, (122x91 cm)

Yannima Pikarli  ou Tommy Watson

Yannima Pikarli ou Tommy Watson

Le vieux Tommy Watson raconte comment, lorsqu'il était enfant, dans les années 1940 et 50, les Européens apportèrent leurs maladies, mirent à rude épreuve les ressources déjà rares du désert et commirent des atrocités. Lui et sa famille trouvèrent refuge à Ernabella, une mission presbytérienne dont les membres eurent une attitude de profond respect, pratiquant le principe de « non interférence » dans l'organisation, les traditions des Pitjantjatjarras et apprenant leur langue.

Les missions, pour la plupart, (Enabella, Hemansbourg et d'autres), à cette époque des « killing times », furent protectrices. Les Aborigènes se sédentarisèrent dans et autour des ces implantations qui tenaient à distance les violences des éleveurs et leur assuraient, moyennant travail et baptême, la nourriture et l'eau. Il en fut de même autour de certains établissement européens.

Dans les années cinquante, ces groupes d'Aborigènes, étaient encore susceptibles de bouger d'un site à l'autre, reliant les points d'eau comme leurs ancêtres et trouvant leur nourriture par la chasse et la cueillette. Mais peu à peu les animaux importés d'Europe pour l'élevage extensif, auxquels vinrent s'ajouter ceux amenés pour les besoins des constructions et du chemin de fer – chevaux, chameaux - laissés libres, se mirent à proliférer, dévorant le peu de nourriture végétale de la région et souillant les points d'eau. C'est alors que le désert ne put plus nourrir des tribus errantes et que le nomadisme devint impossible.

Cependant, le déplacement fréquent et intempestif (la raison en étant souvent liée aux devoirs spirituels), reste une manière de vivre. Les Aborigènes, sédentarisés dans des communautés, habitent des maisons en dur, et, s'ils voyagent facilement et de plus en plus loin (car les déplacements de population ont provoqué des mariages inter tribaux qui n'existaient pas auparavant, la parentèle peut être éloignée) c'est en voiture tout-terrain, auxquelles ils consacrent une grande partie de leur argent.

Ceci étant,  la sédentarité et une nourriture à base de céréales et de sucre, a eu des conséquences dramatiques sur leur santé (diabète, maladies cardiaques), et on sait qu'ils ont une espérance de vie de 20 ans inférieure à celle des autres australiens. Même si les conditions de vie dans le désert étaient réunies, leur état physique ne leur permettrait plus de parcourir les « song lines » comme le faisaient leurs ancêtres.

Aujourd'hui encore les éleveurs ne prennent aucun soin de l'écosystème, mettant beaucoup plus d'animaux qu'il ne peut en supporter, et leur lobby intrigue pour que des rapports alarmants sur l'état du désert restent lettre morte. Quant aux chameaux qui trouvent le pays à leur goût, ils continuent à se multiplier malgré les efforts pour réduire leur nombre, et à détruire le désert.

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Publié dans ART D'AUSTRALIE

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