Peinture contemporaine
La nomination des personnes dans le monde aborigène est assez compliquée. La plupart sont baptisées et ont donc un prénom chrétien, parfois un prénom aborigène. Elles ont également un nom de famille à consonnance anglosaxonne attribué par l'administration pour les besoins de l'état-civil. Tout ceci fonctionne comme chez nous.
Et puis il y a aussi les "nom de peau" qui sont un système complexe qui régit les relations entre individus, règle les mariages et a un rôle important dans la vie rituelle.
Et je ne parle pas du nom secret que chacun reçoit à sa naissance et qui est un fragment de vers chanté qui raconte l'itinéraire totémique d'un ancêtre, car, pour les Aborigènes comme pour la bible, c'est le verbe qui se fait chair.
Mais revenons aux noms de peau dont presque tous les peintres d'Australie centrale sont porteurs. Il est attribué en fonction de la lignée mais de façon très différente que dans notre système occidental : les enfants prennent le nom de leur grand-père paternel, qui se trouve, par la lignée maternelle, être celui de leur arrière arrière grand-mère.
Michelle Possum Nungurrayi, fille de Clifford Possum
Tjapaljarri, peint "Worm dreaming" (présentée à Montélimar du 13 au
17 avril 2011), qu'elle tient de son père. Son frère Lionel Possum Tjungurrayi à le même "skin name"
que sa soeur, mais au masculin
Ce cube, imaginé par l'anthropologue Barbara Glowzewski est
sans doute le moyen le plus simple pour s'y retrouver

Epoux (se) potentiel : une arête verticale + une horizontale (ligne verte)
Nomination par la mère : 4 arêtes horizontales à partir de la mère (ligne rose)
Nomination par le père :Une arête verticale allez et retour à partir du père (ligne bleue)
Angle opposé du cube : le grand interdit gendre/belle mère
Le "skin name" définit la position d'une personne par rapport à ceux qui l'environnent même s'ils appartiennent à un groupe éloigné. Ainsi quelqu'un qui a la même "peau" que vous sera votre frère ou votre soeur, et vous pourrez être avec elle ou lui dans des relations familères et fraternelles mais non sexuelles. Si vous êtes en position de parent, vous êtes autorisé à une attitude de protection, d'aide ou d'autorité envers vos "enfants de peau". Si vous êtes êtes en position d'enfant vous devrez le respect à ceux qui sont vos "parents de peau". Si vous êtes en position d'époux potentiel par rapport à une personne, attendez-vous à des avances franches et décomplexées.
Enfin , le tabou suprême, qui nourrit beaucoup des mythes du Temps du Rêve, est entre gendre et belle-mère potentiels sans distinction de groupe éthnique ou d'âge. Ceux-là doivent se limiter à un minimum de contact bien qu'ils soient liés très étroitement par la fille/épouse et qu'ils aient des devoirs l'un envers l'autre.
Lorsqu'un non Aborigène est amené à avoir des contacts suivis avec une communauté, il recoit rapidement un nom de peau, pour que chacun le situe et établisse un mode relationnel avec lui. On lui attribue généralement le nom de celui ou celle qui l'a amené dans la communauté et qui devient alors son frère ou sa soeur.
Le système des noms de peau comportent des variantes selon les groupes ethniques.
En Australie centrale : Arrente, Warlpiri, Pintupi, Luritja, il y a 8 sous-sections de " skin names". Les deux derniers y ajoutent la marque du masculin (nom
commençant par TJ) et du féminin (noms commençant par N) ce qui fait 16 noms de peau. Les Pitjantjarras et les groupes de l'ouest du désert utilisent 6 sections, les Alyawarres du nord-est en
utilisent 4.
Lionel
Possum
Tjungurrayi
Nanyuma Napangati (à gauche:"Women ceremony," acrylique sur toile,
46x91) peint son « dreaming » par les symboles gravés dans la roche depuis des milliers d'années. Est-elle pour autant plus authentique que
Gloria Petyarre qui a elle-même créé et travaillé de mille façons son motif de la feuille médicinale de yam ?(ci-dessous à droite, "Bush medecine leaves",acrylique sur toile)
Mais l'utilisation de la toile et de l'acrylique n'altère t-elle pas la nature même de l'art aborigène? Et Nanyuma ne serait-elle pas moins authentique que June Peters (en bas à gauche, ocres naturelles sur toile) qui utilise le matériau noble entre tous, celui-là même dont usent les Aborigènes lorsqu'ils peignent leur corps ou leur terre : l'ocre naturelle ?
La question de savoir si la peinture aborigène contemporaine est vraiment authentique se pose de diverses façons pour les occidentaux. Mais pour l'artiste aborigène, c'est le motif ou le symbole qui compte, c'est à dire la trace graphique qui va rendre présent, visible, une « essence spirituelle ». Cette trace graphique s'appelle le Kuruwarri. Peu importe le medium, peu importe le support, et, si un matériau nouveau lui permet de mieux exprimer son lien au sacré, l'artiste va s'en emparer avec bonheur. Quant au style, traditionnel ou novateur, il est le fruit de l'histoire de la communauté et de la personne.
Lorsque Gloria peint la feuille de yam, c'est le symbole du sacré féminin des Anmatyerres qui est présent, à lui seul il renvoie aux cérémonies de l'Awalye (le secret des femmes), à leur maîtrise de l'univers végétal, à la fécondité dont il est l'emblème. Et c'est bien parce qu'elle possède cette connaissance sacrée que Gloria et ses soeurs sont habilitées à le peindre.
Cette question récurrente à propos des oeuvres aborigènes n'est pas transposable à l'art occidental. On n'aurait pas idée de traiter d'inauthentique un artiste qui utilise des formes, des supports, des mediums que lui fournit les avancées technologiques de son époque. Le créateur occidental est d'autant plus admirable qu'il est audacieux, qu'il rompt, innove, s'auto engendre. A l'opposé on s'inquiète d'une peinture aborigène qui n'est pas fidèle à l'iconographie traditionnelle: formes, matères, pointillisme, couleurs.
Serait-ce que nous demandons à une oeuvre aborigène d'être à la fois objet
d'art et objet d'anthropologie ? L'artiste n'a t-il de valeur à nos yeux que comme gardien d'un art natif, un art lié à une ancestralité qui nous échappe, parce que nous-mêmes
perdons (renions) le fil qui nous relie à nos origines?
Mais l'authenticité est-elle où on croit la trouver ? En réalité, même si c'est dérangeant pour nos représentations, les sociétés aborigènes sont dynamiques et vivantes. La culture aborigène n'est pas figée et elle ne l'a jamais été, bien au contraire elle intègre facilement les nouveaux apports s'ils ne mettent pas en péril son organisation sociale fondamentale (refus de hiérarchie, d'enrichissement, prééminence du spirituel sur le matériel). Elle évolue comme le fait notre propre société bien que la loi édictée par les ancêtres reste pour elle inaliénable. Cette loi enjoint de peindre comme on prie. Les peintres n'ont aucune réticence à utiliser les matériaux occidentaux et des couleurs inconnues dans la nature si ceux-ci leur paraissent appropriés à l'expression du sacré. La première oeuvre aborigène n'eut-elle pas comme support le mur d'une école?
L'art aborigène contemporain est bien vivant, il existe pour faire circuler l'énergie des ancêtres totémiques, ceux qui sont incarnés dans le territoire, et pour souscrire à leur Rêve fondateur de vie et de fécondité.
C'est un art lié et c'est d'abord ce lien qui fait son authenticité
La revue l'Oeil du mois de février 2011, actuellemnent en kioque, consacre une dizaine de pages à l'art aborigène dans un article intitulé "Question d'identité".
L'auteur, Philippe Piguet, y souligne l'intérêt croissant pour cet art contemporain mais néanmoins fortement lié spirituellement, qui invite à une réflexion sur la nature même de la création.
Trois expositions actuelles justifient cet intérêt : "Le grand Rêve Aborigène au musée d'Allauch" (près de Marseille), "Remembering forward", Musée Ludwig à Cologne, et "Dennis Nonna" à l'Ambassade d'Australie à Paris.
"Goanna Dreaming" de Debra
Nangala Mc Donald exposé au musée d'Allauch
L'Esprit Goanna dans sa double fonction
matérielle et spirituelle
La galerie NOOR ARTS, à Nice, est désormais pleinement dédiée à la peinture aborigène. Une exposition vente permanente s'y tient dès à présent.
N'hésitez pas à venir contempler les toiles de très grands peintres des différents courants australiens, et, si vous désirez un artiste particulier, même rare, interrogez GABRIELLE FLIEGANS qui pourra guider votre recherche.
Galerie NOOR ARTS, 2 rue Valperga (proche parking Belle Etoile), Nice
Contact : 06 07 93 74 75
Thomas Tjapaljarri
Acrylique sur lin
Kathleen Petyarre, acrylique sur toile
Willy Tjungurrayi, acrylique sur lin
Petyarre
Acrylique sur toile
Barney Campbell , acrylique sur toile
Rêve de naissance
gravure
Morris Gibson , acylique sur lin
Il est encore temps d'aller admirer, aux portes de Marseille, la très jolie exposition de peintures aborigènes proposée par le musée d'Art Sacré d'Allauch. Une cinquantaine d'oeuvres y sont présentées, valorisées par une belle scénographie, des videos et de nombreux panneaux informatifs.
Jusqu'au 6 mars 2011
Renseignements :Musée d'Allauch
Charlie Tjapangati, acrylique sur lin, 152x132
Rosie Pulara, Acrylique sur toile
Originaire de Halls Creek à la limiite du désert et du Kimberley, Kitten Malarvie emprunte à l'un et à l'autre :
Au désert l'abstraction des symboles traditionnels, au Kimberley cette matière noble entre toutes : la terre.
Sturt Creek, Ocres naturelles sur toile,60x60
Les pigments naturels purs ou mélangés, parfois chauffés, mêlés à des substances durcissantes, donnent à la peinture sa densité et à la palette la sobriété des ocres naturelles.
Tracks and Waterholes,
ocres naturelles sur toile, 60x90
Ci-dessous :
Water dreaming, ocres naturelles sur toile, 100x100
Fran6sco, "tireur" de didj, vous invite à expérimenter la respiration circulaire et le son intensément vibrant que les Aborigènes considèrent comme la voix des Ancêtres.
Fran6co en compagnie de son maître Djalu Gurruwiwi
Bien qu'originaire du nord (Terre d'Arnheim, Cap York, Kimberley), le didgeridoo est devenu le symble de l'Australie toute entière et l'on en joue
partout et même bien au delà des océans puisque cet instrument, le plus simple qui soit, fait d'une branche traditionnellement creusée par les termites, a conquis le monde.
Les musées ou médiatèques qui accueillent nos peintures complètent souvent l'exposition par un concert de didgeridoo et des ateliers d'initiation ... succès assuré pour petits et grands.
Par le biais de différents types de prestations, Fran6co partage sa passion pour le plus vieil instrument de l'humanité :
Concerts, ateliers d'initiation, conférences et une Bande-Dessinée intitulée "L'Appel du Didgeridoo" > http://didgeridoo.webcomics.fr (sortie été 2011)
Fran6co entend l'appel du Didgeridoo en Australie, en 1992.
A son retour en France, il se met à en jouer et à en fabriquer en autodidacte.
Puis il rencontre le gardien traditionnel Aborigène de cet instrument : M. Djalu Gurruwiwi.
Ce dernier, un Ancien très respecté de la tribu Yolngu, l'initie au jeu de son clan.
Par le biais de différents types de prestations, Fran6co partage sa passion pour le plus vieil instrument de l'humanité
:
concerts, ateliers d'initiation, conférences et une Bande-Dessinée intitulée "L'Appel du Didgeridoo" >
http://didgeridoo.webcomics.fr (sortie été 2011)
Fran6co - http://fran6co.sur-la-toile.com
La rivière Ord et ses affluents innondent les terres noires de Kame Creek Country, laissant derrière eux des trous d'eau où le bétail viendra s'abreuver à la saison sèche.
Kame creek country, ocres naturelles sur toile, 40x90
Freddie Timms, comme beaucoup de ses semblables a été stockman c'est à dire gardien de bétail pour les grands éleveurs du Kimberley.
Il n'a commencé à peindre qu'en 1986, à plus de 40 ans, enseigné par Rover Thomas et hector Jandamyi en personne.
En 25 ans il a acquis une grand notoriété par ses représentations du pays comme des cartographies émotionnelles.
Devenu un senior de l'école de l"ocre, il est aujourd'hui une base incontournable de collection.
En écho à l'exposition "Le grand Rêve aborigène" qui se tient actuellement à Allauch, vous pourrez admirer à Marseille même, 50 autres toiles acryliques et ocres naturelles d'artistes du désert australien et du Kimberley, présentées par Gabrielle Fliegans (Noor Arts).
Du samedi 20 au dimanche 28 novembre, 25 cours d'Estienne d'Orves (Metro Vieux port ou parking Estienne d'Orves). Entrée libre. Horaires : 10h-13h / 15h-19h y compris les dimanches.
Renseignements : Gabrielle Fliegans 06 07 93 74 75
Nyurrapaya Bennett, 56x71, Kapi tjukurpa,
Parmi les nombreux artistes prsentés, de grands noms des courants artistiques de Papunya Tula, d'Utopia et de Turkey creek :
Kathleen Petyarre, Walangkura Napanangka, Mantua Nangala, Paddy Fordham, Willy Tjungurrayi, Thomas
Tjapaljarri, Dorothy Napangardi, Barney Campbell, Jonhnny Walangkura, Gloria Petyarre, Ningura Napurrula, Naata Nungurrayi, Nancy Ross, Nyurrapaya Bennett Nampijinpa, Gabriella Possum, Phyllis
Thomas...
Tituan Ross Tjapangadi, 56x71, Ngurra Tjarra
A gauche :
Nancy Nodea, 90x90, Dingo dreaming,
Ocres
naturelles
A droite :
Andrew Spencer, 137x31
Water dreaming.
Ce gardien traditionnel du site Mina Mina, également célébré dans la peinture de sa fille Dorothy Napangardi, est aujourd'hui âgé d'environ 85 ans. C'est l'un des plus vieux peintres aborigènes parmi les hommes.
Si Paddy trace ces motifs riruels depuis son adolescence, il a refusé jusqu'à une époque récente de les peindre pour nous occidentaux, tandis que sa fille, à qui il a légué ses Rêves, devenait l'une des plus célèbres artistes d'Australie.
Il y a environ cinq ans, à la surprise de tous, Paddy s'est saisi de l'acrylique pour enfin nous faire partager un peu de son savoir.
Le succès a été immédiat et le signe en 8, qui est l'un de ses préférés, a été décliné de bien des façons mais toujours dans un grand respect du motif traditionnel.
Le site célébré, un lac salé situé quelque part en territoire Warlpiri, est d'une extrême importance pour les hommes du désert et peut-être plus encore pour les femmes. C'est là, selon le mythe des deux soeurs, que les femmes ancestrales ont reçu de la Terre leur "bâton à fouir" ou sa version rituelle, le poteau cérémoniel. Les bâtons ont surgi du sol et leur ont été donnés comme symbole de leur pouvoir.
Aujourd'hui encore toute femme qui se respecte ne se sépare que difficilement de son Nulla nulla ou Wana, le bâton qui lui sert à déterrer les racines comestibles, à faire la petite chasse et éventuellement à se défendre.
Vous pouvez voir ces peintures lors des expositions que nous organisons dans différentes villes de France ou sur rendez-vous.
Contact : 0609306845 wanampi.mp@orange.fr
Partenaires :
Dijon : Espace Christian Tiercin, 30 rue charrue ; Lyon exposition permanente, l'Encadreur du Parc, 38 rue Tête d'or; Nice : Exposition permanente, Noor Arts, 2 rue Valperga, 0607937475; Strasbourg : Noor Arts, tel : 0607937475