Peinture contemporaine
L'authenticité des motifs est souvent un sujet de questionnement pour ceux qui découvrent et aiment la peinture aborigène. Voici une oeuvre de Debra Nangala Mc Donald, une (assez) jeune artiste (née en 1969) qui peint de diverses manières le Rêve "goanna".
Elle est la petite fille du très célèbre Shorty Lungkata Tjungurrayi. Le motif est très mystèrieux et intrigant. Elle l'a reçu de son grand-père qui le peignait presque à l'identique. voici ce que Geoffrey Bardon a pu en savoir à l'époque, en 1972, lorsqu'il était peint par Shorty et que la peinture aborigène commençait à peine à se faire sur des matériaux pérennes.
"Le petit cercle central, concentrique, est le trou dans le sol d'un dune, c'est là que vit le goanna. Le plus grand cercle est le motif "sable" qui est l'environnement habituel du goanna. L'espace e pointillé tout autour des deux cercles représente l'herbe qui entoure ce lieu sableux. Les deux formes allongées de part et d'autre portent des lignes en pointillés qui sont la trace du goanna à la recherche d'une épouse.
L'histoire relate le voyage des esprits ancestraux goannas et nul doute qu'un incident amoureux important eut lieu pendant ce trajet
J'ai demandé aux peintres d'essayer de m'en raconter quelque chose, l'histoire telle qu'on la dit aux enfants (Tjitji tjakatjuk stories) en évitant ainsi les problèmes liés au secret lors de la présentation traditionnelle de l'art aborigène au public au show d'Alice Springs.
Je fus surpris en constatant que cette peinture, bien que non secrète, n'était vraiment pas une histoire d'enfant"
Geoffrey Bardon 1972
Le motif peint sur bois par Shorty Lungkata, grand père de Debra, en 1972
"Wati way finished, kungka way, now" (le temps des hommes est passé, c'est maintenant le temps des femmes). Il ne faut y voir aucune aigreur car il n'y a pas de fierté paticulière
à peindre sur toile pour un artiste aborigène. Il faut entendre cette réflexion comme une prise de relai, le désir de pousuivre une mission sacrée qui doit être effectuée par l'un ou
l'autre.
C'est avec grande tristesse que nous apprenons que l'artiste Nancy
Ross Nungurrayi s'en est allée au pays de ses Ancêtres. Avec elle disparaît l'un des peintres importants de la première génération de Papunya Tula.
Ces dernières années, Nancy partageait son temps entre sa communauté de Kintore en territoire Pintupi, et l'atelier Yanda, installé à quelque distance d'Alice Springs au pied des Monts McDonnell.
C'est là que nous la rencontrions d'année en année dapuis cinq ans.
Yumari de Nancy Ross Nungurrayi (Collection personnelle)
Nancy était née en plein bush vers 1935, époque où les Pintupis n'avaient aucune idée de notre culture occidentale. Ce n'est qu'à
l'âge de 27 ans qu'elle rencontra l'homme blanc en la personne de Jeremy Long, chef des patrouilles chargées de la sédentaristaion des peuples nomades. Veuve de fraîche date et mère d'une
petite fille, elle intégra alors le camp de Papunya.
Elle se remaria avec Shorty Tjangala dont elle eut deux fils.
En juillet 96, elle revint sur son territoire natal à Kintore où elle se joignit au groupe de femmes qui peignait pour le Centre d'art de Papunya Tula.
L'atelier Yanda ne résonne plus de son rire haut perché, de ses chants, et des chamailleries qu'elle entretenait avec son inséparable soeur Naata Nungurrayi.
Nous garderons le souvenir d'une petite femme vive et communicative, nullement intimidée par les objectifs et les micros, ce qui lui avait valu bien souvent les honneurs de la presse.
Reste sa peinture, trace inaliénable du passé ancestral dont elle s'inspirait, au langage très traditionnel et au style affirmé, immédiatement reconnaissable, où s'entremêlent les chemins du
Rêve, la prune sauvage et les longues dunes du pays Pintupi.
La galerie d'Art l'Espace de Encadreur Christian Tiercin présente
à DIJON, 30 rue Charrue (près place des cordeliers)
l'exposition « Papunya et Utopia ,
peintres aborigènes du désert australien»
du jeudi 11 au dimanche 21 mars 2010 de 9h à 19h
Conférences (entrée libre à l'Espace Encadreur, 30 rue Charrue à Dijon, mais à
réserver 03 80 30 76 56 car nombre de places limité)

Dini est l'une des figures majeures du mouvement de « Papunya Tula Artists ». Il naquit quelque part dans le bush à la frontière entre l'Australie de l'Ouest et le Territoire du Nord. Sa famille s'installa à la mission catholique de Balgo en 1950, où il travailla comme gardien de troupeaux. C'est lors de visites à sa famille à Papunya qu'il observa les Anciens qui y peignaient depuis 1971. A l'occasion de l'un de ses séjours, il fit partie de l'équipe qui assista Uta Uta Tjangala dans son oeuvre monumentale intitulée « Yumari » qui fest aujourd'hui dans la collection du Musée National d'Australie. Il ne semble pas que Dini ait peint à Balgo bien que l'activité artistique y ait démarré également, mais l'influence de Balgo (« linked dotting ») est repérable dans l'oeuvre qu'il produira pour « Papunya Tula Artists ».
C'est au début des années 80 qu'il s'installe et commence à peindre à Kintore où la communauté Pintupi a réinvesti son territoire ancestral et où à lieu, dans l'euphorie d'une spiritualité retrouvée, une intense activité artistique.
Le nom de Dini Campbell Tjapaljarri apparait à partir de 1982. IL peint les histoires de son territoire, les lacs Ngarru et Walaju, Panpartu et le point d'eau Naami dans le désert Gibson.
Il épouse Bombatu Napangati, une veuve, peintre également, qui avait deux enfants. Ensemble ils auront 4 autres enfants. A partir des années 90 Dini est l'un des peintres les plus en vue de Kintore.
Dini n'aimait rien autant que la vie dans le bush, marcher et chasser. Il peignit jusqu'à la fin de sa vie qui fut précoce (en 2000) en raison d'une santé défaillante, de l'alcool et de problèmes dépressifs. Auparavant, il avait aidé à s'installer, Tony Campbell Tjangala, l'un des fils de Bombatu.
Cette toile est l'une des dernières, elle représente le voyage du Serpent mythique depuis le territoire du nord jusqu'à Naami. Il
traverse de vastes étendues, célébrant la terre et créant les formes du relief .
A la fin du voyage (à Naami, le lieu sacré de Dini), le Serpent est entré en terre laissant son esprit à la surface du sol, disponible pour conférer la vie aux êtres vivants dont les humains.
Les cercles représentent les trous d'eau et les arbres créés pendant le voyage du Serpent.
La Terre, sujet omniprésent dans la peinture aborigène contemporaine peut se lire d'une façon absolument traditionnelle (comme Dennis Nelson Tjapanangka) ou au contraire être revisitée par les influences occidentales intégrées avec bonheur comme le fait Edie Holmes.
Vous pourrez apprécier l'un et l'autre lors de l'expo "Gardiens de la Terre" à Strasbourg, Galerie Riff Art Projects, 1B rue du Puits (PLAN CI-DESSOUS).
Galerie RiffArt Project, 1b rue du puits, Strasbourg
Bambatu Napangardi, Barney Campbell Tjakamarra, Betsy Lewis Napangati, Charlie Tjapangati, Debra Nangala Mc Donald, Dennis Tjakamarra, Dini Campbell, Dolly Mills Petyarre, Dorothy Napangardi, Edie Holmes, Esther Giles Nampijinpa, Gabriella Possum, Gloria Petyarre, George Tjungurrayi, George Ward, Johnny Warangkula, Kenny Williams , Kayi Kayi Nampijinpa, Kudditji Kngwarreye, Maisie campbell napaljarri, Mary Morton Kngwarreye, Morris Gibson, Naata Nungurrayi, Nathalie Purvis, Ningura Napurrula, Nyurrapaya Bennett Nampijinpa, Ronnie Tjampijinpa, Tjawina Porter nampijinpa, Thomas Tjapaljarri, Walala Tjapaljarri...
Pour toute information, n'hésitez pas à contacter :
Pour Strasbourg :
Gabrielle Fliegans, Noor Arts, 06 07 93 74 75 / 03 88 13 43 09
EXPOSITION « GARDIENS DE LA TERRE »
du mercredi 25 novembre au dimanche 13 décembre 2009
Galerie Riff Art Projects, 1b rue du puits (Prox. Église St Thomas)
Pour Nice :
Daniel Duhaubout, 04 93 80 42 07 / 06 85 07 46 47
PEINTURE ABORIGENES D'AUSTRALIE du 25 novembre 2009 au 15 janvier 2010
Mary Morton Knguarreye
Johnny est né en 1918 en territoire pintupi, à Ilpilli, le pays du Rêve kangourou. Enfant et adolescent, il menait la vie traditionnelle sans rien connaitre de l'existence du monde occidental. Plus tard il racontera avec animation sa première vision des Blancs sous la forme d'un avion que sa tribu et lui prirent pour un « mamu », un diable. C'était vers 1930 et l'avion faisait partie de l'expédition Lasseter. Un peu plus tard, du haut d'une colline ils virent des chameaux et leurs chameliers, les prirent à nouveau pour des « mamus » et en eurent grande frayeur.
En 1932, Johnny rencontra une autre expédition, l' « Adelaide university expedition » puis le Pasteur Albreicht, fondateur de la communauté luthérienne d'Hermanburg. Johnny goûta avec délice la farine et la mélasse et fut impressionné par l'abondance de nourriture et d'eau disponibles à Hermansburg.
152x91 présenté à Nice
152x91 présenté à Strasbourg
Sa famille et lui se fixèrent à Hermansburg, poussés par l'avancée des éleveurs de bétail dans le désert. Johnny travailla à construire le terrain d'aviation. Dans les années qui suivirent, il accèda à l'âge d'homme à travers les différentes phases de l'initiation masculine. Puis il partit à Haasts Bluff pour travailler à un autre aérodrome et à construire des routes. Pour tout cela il ne reçut pendant des années aucun salaire mais seulement des rations alimentaires : farine, thé, tabac, sucre et légumes frais. Au milieu des années 50 il suivit la construction de la route vers le territoire Warlpiri :Mt Liebig, Yuendumu.
En 1954, il fut choisi en compagnie de Nosepeg Tjupurrula, autre figure légendaire du désert, pour rencontrer la reine Elisabeth en visite officielle dans le Queensland.
En 1971, Johnny travaillait à la briquerie de Papunya lorsque Geoffrey Bardon y fut nommé comme enseignant. Lorsque le mouvement de la peinture démarra, il fut l'un des premiers à participer et à bénéficier du meilleur matériel.
Le
style de Johnny de cette époque est typique des fondateurs du mouvement, simplifiant l'iconographie et adoptant la vision artistique qui les fit connaître à travers le monde.
En 1978, une très grande toile intitulée « Tingari at Tjikarri » fut acquise par la collection Araluen d'Alice Springs et il devint au cours des années 80 une figure majeure du mouvement.
Après une interruption de 7 ans, il revint à la peinture en 96 soutenu par divers collectionneurs et développa un style expressionniste brut.
En 1997 une toile de ses débuts atteignit le prix de 200 000 dollars lors d'une vente aux enchères. A un journaliste qui déplorait que pas un centime de cet argent ne lui revienne, il répondit « Save your pity for those who have no Dreaming » (Gardez votre pitié pour ceux qui n'ont pas le « Rêve »). En 2000 cette même toile fut revendue 440 000 dollars. Johnny déclara seulement qu'il était content d'être reconnu pour ce qu'il était et ce qu'il avait fait.
Il passa la dernière partie de sa vie à Papunya avec sa 2ème femme Gladys Napanangka et s'éteignit en 2001.
Vous pouvez voir ces peintures lors des expositions que nous organisons dans différentes villes de France ou sur rendez-vous.
Contact : 0609306845 wanampi.mp@orange.fr
Partenaires :
Dijon : Espace Christian Tiercin, 30 rue charrue ; Lyon exposition permanente, l'Encadreur du Parc, 38 rue Tête d'or; Nice : Exposition permanente, Noor Arts, 2 rue Valperga, 0607937475; Strasbourg : Noor Arts, tel : 0607937475