Peinture contemporaine
A 50 ans, M
aisie Campbell Napaljarri accède à une maturité qui donne élan à un talent déjà installé depuis une dizaine
d'années. Elevée dans la tradition initiatique du désert, respectueuse de la « Loi » aborigène qui encadre les motifs peints, elle n'en a pas moins forgé un style très personnel, bien
identifiable, ce qui est le signe des grands artistes. Ainsi une peinture très liée, mais qui respecte la dimension du sujet créateur, est en train de naître sous ses doigts. Jugez en plustôt par
les toiles qui suivent: les 2 premières seront présentées dans nos prochaines expositions en France. La 3ème est une oeuvre étonnante par la beauté, la fidélité au dreaming ...et
aussi par la taille. Elle parle de toute l'histoire de Pancopedi. A peine sèche, elle a été acquise par un grand hôtel de Sydney.
Voici quelques clés pour entrer dans le processus créatif typique de l'artiste aborigène, sans toutefois dévoiler des secrets auxquels je n'ai d'ailleurs nullement accès.
Pancopedi est un lieu, un superbe site rocheux aride et d'un rouge incroyable qui se touve quelque part sur la frontière entre le
Territoire du nord et l'Australie de l'ouest. Au creux d'une faille à flanc de ces collines rocheuses que les Aborigènes nomment « puli », se trouvent 2 petites lacs en cascade d'eau
limpide. En surplomb, une petite grotte porte sur ses parois, des images de serpents.
Là sommeille l'esprit du serpent Liru et de son peuple guerrier ancestral. En buvant cette eau, la mère de Maisie, enceinte, a absorbé l'esprit de Liru.
Aussi l'identité de Maisie est-elle intimement liée au site et c'est pourquoi elle le peint, évoquant son aspect physique ou sa création, narrée par les vers chantés qui structurent les cérémonies.
On sait par l'anthropologue Charles Mountford que l'aventure se déroule sur un itinéraire allant du nord-est (Uluru / Ayers Rocks) vers le sud-ouest (traversant les frontières de l'Australie du sud puis de l'ouest, après être passé par les Kata tjuta (les monts Olgas) puis les Monts Ranges. Sur leur chemin, les anciens de la tribu de Liru ont exterminé le peuple Kunya (le serpent Python pacifique) tandis que les jeunes ont mené des raids contre le peuple Wanambi (ou Wanampi... encore un serpent!). Pancopedi est une étape suivante sur un itinéraire jalonné d'attaques meurtrières comme les affectionne le redoutable peuple Liru. Nous n'en connaissons pas les détails qui font partie de la connaissance secrète des initiés mais bien sûr, comme partout en Australie, le paysage est né de ces évènements mythiques, formé des corps ou de parties des corps pétrifiés des héros.
Pancopedi se trouve en territoire Naatatatjarra/Pintupi, ces deux tribus très proches par le langage et les mythes se reconnaissent dans les itinéraires qui relient les points d'eau temporaires ou permanents de la région. De nombreuses personnes, comme Maisie, vivent avec cette même identité spirituelle. C'est le cas de Nyurrapaya Nampijinpa, alias Mrs Bennett, que je ne présente plus ici, dont le caractère bien trempé et la force de la peinture témoignent du tempérament ardent et combatif du serpent Liru.
Gabriella, fille du très célèbre Clifford Possum, est l'une des artistes aborigènes les plus talentueuse de la nouvelle génération.
Le Rêve "Seven sisters", qui traverse toute l'Australie, a été maintes fois peint par les
artistes abirigènes, Gabriella en donne une interprétation particulièrement séduisante.
Ronnie Tjampijinpa
George Tjungurrayi (Hairbrush)
La peinture des hommes du désert, dans un large proportion, se réfère aux histoires Tingari. Le Tingari est un cycle mythique de très grande importance dans le désert de l’ouest.
Il relate les péripéties de héros voyageurs, hommes, femmes et novices, ancêtres créateurs du paysage, initiateurs de cérémonies et inventeurs de la Loi qui régit, aujourd’hui encore, les
sociétés indigènes d’Australie.
Ces histoires, secrètes entre toutes, sont révélées aux jeunes hommes en toute fin du cycle initiatique. Celui-ci se déroule par tranches à partir de 10 ou 12 ans et se poursuit jusqu’à l’age d’homme. Il est particulièrement éprouvant pour le garçon. C’est un aller-retour symbolique par le monde des Esprits. L’isolement, le sang, la peur, les pratiques extrêmement douloureuses comme la scarification ou la subincision, en font partie. C’est pourquoi les mythes Tingari sont frappés du secret absolu et la peinture qui s’y réfère est généralement sans commentaire de la part du peintre.
Revenu de ce détour dans l’au-delà, l’homme pleinement initié aura appris quel esprit ancestral l’anime et donne sens à son existence, il saura endiguer ses pulsions pour que la vie en société soit possible, il aura reçu, sous forme de vers chantés, l’épisode du mythe lié au segment de territoire qu’il lui incombe de célébrer, son corps aura été peint des motifs afférents, ceux-là me^me qu’il pourra décliner sur la toile s’il devient artiste.
Il pourra aussi participer aux très secrètes cérémonies masculines de fécondité et ainsi assumer sa part symbolique de paternité au sein de son clan.
Thomas Tjapaljarri
Barney Campbell
Charlie Tjapangati
du 24
septembre au 3 octobre 2009,
L'Atelier l'Encadreur du Parc, 38 rue de la tête d'or, Lyon, 6ème arr
présente
70 oeuvres aborigènes de différents artistes contemporains du désert
Vendredi 25 septembre à 18h : Peintres du Temps du Rêve Une des portes que vous pousserez en visitant l'exposition "Peintres aborigènes d'Australie" n'est rien moins que celle du Temps du Rêve, car c'est toujours de cet espace-temps mythique, éternel et sacré qu'il est question dans l'art immémorial des Aborigènes. Que recouvre cette notion dans laquelle la peinture contemporaine plonge ses racines ?
Samedi 26 septembre à 17h : Divas du bush, peinture de femmes. Si la peinture contemporaine a démarré par les hommes en 1971, ce sont aujourd'hui majoritairement les femmes qui peignent et leur richesse spirituelle éclate dans des oeuvres étonnantes, véritables concentrés de sens, d'une grande variété de styles.Comment cette évolution s'est-elle produite ? Que représente pour les femmes aborigènes le fait de peindre sur toile et de diffuser leurs oeuvres ?
samedi 3 octobre à 17h : Peinture de vie Les Aborigènes ont une conception holistique du monde et de la santé. La maladie est une perte d'harmonie qui interroge le social, le physique, le spirituel. Dans le maintien de cette harmonie ou son rétablissement, l'expression artistique (chants, danses, cérémonies et peintures) a sa place.
L'entrée est gratuite mais à réserver par téléphone car le nombre de places est
limité.
Contact, réservations et nformations : 04 78 89 67 10
www.lencadreurduparc.fr
Marapinta de Naata
Nungurrayi (collection privée)
26 toiles aborigènes du désert provenant de diverses
collections privées seront réunies au Musée François Pompon dans le cadre des Journées du
Patrimoine.
L'exposition se tiendra du 1er septembre au 31 octobre, une conférence aura lieu au musée le dimanche 20 septembre à
15heures.
Glory Ngale, Women's ceremony, 122x80, acrylique sur lin,La facture très soignée de cette toile, son pointillisme méthodique, témoignent d'une conception spirituelle de l'acte de peindre. Après avoir tracé le motif initial, sacré, rapidement et d'un trait sûr, qui ne se reprend pas tant la main le possède, et avoir ainsi rendu présent l'esprit ancestral qui l'habite, le peintre remplit l'espace de points, magnifie sa toile et donne à cet agir une valeur méditative
Le pointillisme a toujours été utilisé dans la manière de peindre des Aborigènes et les plus anciennes traces archéologiques, qui remontent à 70000 ans sont quelques points gravés dans la pierre, retrouvés dans le nord de l'Australie. Cependant, dans la peinture rituelle les points ne sont aussi systématiques que sur les toiles, ils servent plutôt à souligner ou à délimiter.
Le pointillisme propre à la peinture sur toile trouve son origine dans les débuts de mouvement contemporain des années 70 . Dans le
camp de sédentarisation de Papunya où les peuples du désert ont été parqués pendant une vingtaine d'années, les Aborigènes, privés de leur territoires et de leur lieux sacrés acceptèrent sous
l'influence de quelques occidentaux bienveillants dont le plus connu est l'enseignant Geoffrey Bardon, de tracer leurs motifs sacrés (et secrets) sur des matériaux pérennes et transportables.
La chose ne leur était pas facile car ces représentations allaient leur échapper, voyager, être vues... Les premiers peintres se mirent à noyer leurs motifs dans les points pour les rendre
moins perceptibles. C'était une manière de flouter. Mais peu à peu, ils apprirent à ne montrer que la partie profane de leur « dreaming » et furent plus à l'aise.
Ils gardèrent cependant le pointillisme dont l'aspect hypnotique leur plaisait et qui correspondait à la conception « vibratoire » que les Aborigènes ont du monde
Cette toile fera partie de l'exposition présentée au musée François Pompon de saulieu (Côte d'or) en septembre et octobre 2009
Cette peinture évoque les cérémonies des femmes "Tingari", qui, à la suite des hommes, et précédant les novices, arrivèrent dans
le désert central venant de la côte ouest.
Les mythes Tingari, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, font partie de la connaissance sacrée des initiés.
Les ancêtres Tingari instaurèrent les rituels, bases des initiations.
Les formes en U (personnages vus d'en haut), au centre des motifs arrondis figurent les femmes initiées. Chez Esther, le caractère sacré et vibrant est représenté par le
surlignage du U initial.
Tingari 152x46 réf 116
vendu
Tingari 122x91 Réf 117
Tali Tjuta 152x122 réf 118 vendu
Ce design fait d'une seule ligne, a pour titre "les dunes". Ces collines créées par le vent peuvent courrir d'est en ouest sans rupture sur des centaines de
kilomètres à travers le désert.
Leur caractère sacré est souligné par la forme concentrique du motif qui peut aussi être peint sur la peau ou gravé sur des objets de bois.
Ceux qui suivent ce blog auront compris que j'ai un faible pour Nyurapayai (ou Nyurrapaya) Nampijinpa
Bennett (liens 1, 2, 3 ), cette dame d'âge respectable, aussi joyeuse que talentueuse.
La toile que voici a été choisie il y a plusieurs mois et elle nous arrivera dans quelques jours. Sa photo la précède et je ne résiste pas à l'envie de la partager avec vous.
Une telle oeuvre n'a pas besoin de commentaires, contemplez et rêvez...
Vous pouvez voir ces peintures lors des expositions que nous organisons dans différentes villes de France ou sur rendez-vous.
Contact : 0609306845 wanampi.mp@orange.fr
Partenaires :
Dijon : Espace Christian Tiercin, 30 rue charrue ; Lyon exposition permanente, l'Encadreur du Parc, 38 rue Tête d'or; Nice : Exposition permanente, Noor Arts, 2 rue Valperga, 0607937475; Strasbourg : Noor Arts, tel : 0607937475