La Terre comme sujet, la terre comme matière...

Publié le par Dingo

La peinture de Warmun 
ou
 
L'Ecole de Turkey Creek

  Tommy-Carrol.jpgMook Mook de Tommy Carol
46x90 Pigments naturels sur lin
vendu

 

Rover Thomas, le fondateur de l’école de Turkey Creek n’était rien d’autre qu’un gardien de bétail travaillant ça et là pour le compte des éleveurs blancs du Kimberley, la région Nord ouest de l’Australie. Il n’était pas un initié et on peut même dire que ses liens à la tradition étaient très distendus.

En 1974, il était agé de 58 ans lorsqu’il reçut de l’esprit sa tante récemment décédée la sommation de réhabiliter les traditions cérémonielles de leur peuple. La révélation eut lieu à Turkey Creek, un ancien établissement blanc restitué à ses occupants originels les Gijas

  Le décès de cette tante, une grande initiée, n‘était pas considérée comme naturelle: Tout d’abord elle avait eu un grave accident de voiture provoqué par une tempête d’une violence inhabituelle en décembre. Puis, transportée par avion vers Perth, elle était brutalement décédée alors qu’elle survolait Tawarrkurrima, un tourbillon d’eau bien connu des navigateurs et qui est considéré par les Aborigènes comme l’un des habitats du Grand Serpent Arc en ciel, le puissant ancêtre maître des eaux et de la vie.

Le message que reçu Rover en rêve était le suivant : Mon âme, disait la tante, est retenue par le Grand Serpent Arc en ciel et ne peut regagner sa terre natale car les ancêtres sont en colère.

Quelques jours plus tard, le Grand Serpent devait se manifester à nouveau sous forme du cyclone Tracy qui dévasta totalement la ville de Darwin

  Ces deux éléments survenus coup sur coup bouleversèrent la communauté aborigène: Le monde proposé par les Blancs n’était pas satisfaisant et les ancêtres étaient irrités par cet envahissement et par la perte de vitalité des rituels traditionnels qui s’ensuivait. Il fallait créer de nouveaux rituels.

Ceux-ci, chants et peintures furent communiqués à Rover Thomas en plusieurs rêves .Rover n’y étant pas autorisé, ce sont deux vieux initiés: Paddy Jaminji, George Mungmung et Queenie Mac Quenzie qui les peignirent sous sa dictée .

La cérémonie fut baptisée Gurrir Gurrir comme le souhaitait la tante décédée. Des séries de tableaux furent réalisés, utilisant les pigments naturels traditionnels et représentant des sites sacrés depuis longtemps délaissés, le port de Darwin, le cyclone Tracy, le Rêve des 2 serpents et la vieille initiée rentrant sur sa terre natale…

Pendant l’année 1975, la série fut portée et dansée par les initiés, de sites sacrés en lieux mythiques, à travers toute la région.

  Rover Thomas fut autorisé à peindre à partir de 1984. Dans un premier temps il reprit les thèmes de la cérémonie Gurrir Gurrir puis s’autonomisa. Il réalisa la grande série des « massacres », diverses exactions d’un sauvagerie épouvantable perpétrées par les Blancs lors de leur prise de possession des terres du Kimberley. Il exorcisa ainsi le violent traumatisme qui pesait sur son peuple . La dernière toile « Roads. meeting » (2 pistes formées de 2 bras et des mains) signe la réconciliation des 2 nations.

  A la suite de Rover, d’autres prirent le pinceau puisant à la fois dans l’histoire collective et dans leur histoire individuelle. L’école de Turkey Creek était née.

Aujourd’hui les artistes de la région de Kunnunurra continuent à représenter leur terre, leurs mythes et leur histoire dans ce style aux lignes pures et aux aplats soutenus auxquels l’utilisation des pigments naturels issus des carrières d’ochre, donne une épaisseur et une intensité particulière..


Publié dans ART D'AUSTRALIE

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Gil 17/01/2010 10:14



Bonjour,
Votre blog est passionnant. J'y apprends, à travers toutes ces toiles, cette culture ancestrale. Cette mythologie basée sur la topographie australienne me fascine depuis peu de temps. C'est
étrange de se voir parfois transmettre des messages via les rêves, mais c’est ce qui m’est arrivé (voir mon article : http://su-asti-gil.over-blog.com/article-mandareve-aborigene-42529370.html) sans vraiment connaître cette culture.
Ca m’incite, d’autant plus, à m’y intéresser !!!


Merci de nous faire découvrir toutes ces fenêtres donnant sur le Temps du Rêve.