Tempêtes de couleurs... Polly Ngale et l'histoire d'Utopia

Publié le par Wanampi

On sait que les contacts entre colons et Aborigènes furent souvent dramatiques pour ces derniers. Pourtant l’histoire de la famille Holt et des Arrernte, Allyawarre et Anmatyerre de la région d’Utopia est un exemple de ce que le respect mutuel peut produire.

La famille Holt s’était installée en 1924 dans cette région, l’une des plus désertiques et désolées du centre de l’Australie, pour y installer une station d’élevage extensif : Delmore Downs Station. Jessie Holt rencontra les autochtones, s’intéressa à leur vie, et réussit à construire une relation de bonne entente avec eux.

j’ai souvent parlé ici de l’aventure de Geoffrey Bardon à Papunya qui permit l’éclosion du mouvement de la peinture aborigène à l’acrylique sur lin. Elle eut son équivalent à Utopia, l’autre grande région créatrice d’art. Beaucoup plus tard, dans les années 70, lorsque le gouvernement commença à envoyer des enseignants dans les communautés, la technique du batik arriva à Utopia.

L’éducatrice s’appelait Jenny Green, elle était accompagnée de Yipati, une Aborigène Pitjantjatjarra, qui pratiquait le Batik sur soie depuis quelques années à Ernabella, une communauté du sud. Les femmes d’Utopia accueillirent avec enthousiasme cette nouvelle façon de s’exprimer avec un choix de couleurs extraordinaires. Polly Ngale fut l’une d’elles. Elle excella à représenter son « Bush plum dreaming » dans des couleurs exubérantes, jouant de la transparence et la lumière de la soie.

Les Holt qui avaient commencé très tôt à s’intéresser aux des objets peints dans les communautés du centre, les encouragèrent et collectèrent les batiks d’Utopia, puis travaillèrent à les faire voyager dans toute l’Australie, mais aussi en Irlande, en Écosse, aux États-Unis.

En 1989, les femmes peignant à Delmore station découvrirent l’acrylique sur lin, qui faisait le succès de Papunya depuis une dizaine d’années. La plus célèbre d’entre elle fut Emily Kame Kngwarreye. Le batik fut délaissé pour ces nouveaux matériaux mais la peinture acrylique d’Utopia conserva de la première époque le goût de la couleur franche, de la légèreté, de la transparence et d’une créativité affranchie des symboles traditionnels.

Les œuvres de Polly Ngale eurent un succès immédiat auprès de collectionneurs australiens, américains, anglais et français.

Delmore, dont la galerie se situe toujours sur la terre d’Utopia n’a jamais cessé de soutenir et d’encourager les artistes. La station d’élevage, elle, est sous le contrôle des gardiens aborigènes traditionnels de la terre depuis 1975.

Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale
Bush plum dreaming de Polly Ngale

Bush plum dreaming de Polly Ngale

Bush plum dreaming

La prune sauvage fait partie du mythe dont Polly est gardienne. Elle la représente par ces gros points chargés de tonalités différentes, qui, en se mêlant, créent des tempêtes de couleurs. Influencée par la pratique du batik où elle excella à ses débuts, Polly use des effets de fondu et recherche l’effet cinétique pour traduire l’énergie de ce végétal et la transcendance de l’acte de peindre.

Publié dans ART D'AUSTRALIE

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