Peinture contemporaine
Lorsque la pluie tarde à venir on donne une cérémonie propitiatoire appelée "Kamdi", car, sans l'eau du ciel, il 'y a ni travail ni nourriture. Les warlis honorent le dieu Naran. Les hommes et les femmes prennent part à ce rituel et en appellent au dieu, à la terre nourricière et aux nuages.
Jivya Soma Mashe peint la danse Kamdi ,
42x50cms, bouse de vache, farine de riz sur coton,
Le dieu Naran, coiffé, annonce la bonne nouvelle de l'arrivée de la pluie. Les semailles pourront avoir lieu. On sème les grains de riz (en bas au centre) dont les pousses seront repiquées dans les champs.
Des hommes dansent avec des grelots aux pieds Au milieu d'eux brûlent des bâtons d'encens.
Des femmes , portent des colliers de fleurs.(en bas à droite et au centre à gauche)
C'est un temps de joie, on mange et on boit le todi, une boisson fermentée traditionnelle (en bas à gauche).
L'entrée des maisons est décorée rituellement de l'empreinte du poing refermé (en haut au centre).
Des femmes préparent la farine de riz (au centre à droite).
,
"Tingari ancestors", itinéraires et terre sacrés.
Oeuvre collective de la famille de Willy Tjungurrayi sous la direction de celui-ci.
Acrylique sur toile, 90x120
L'expression contemporaine de l'art aborigène a beaucoup évolué depuis les temps fondateurs où, pour la première fois, Geoffrey Bardon (Années 70) convainquit les anciens de peindre leurs motifs sur des supports commercialisables.
Ces premières oeuvres aborigènes sont de type archétypal, leurs motifs viennent du fond des âges et ont la puissance des peintures rituelles et des oeuvres pariétales dont elles sont la réplique presque fidèle, les artistes négociant avec les secrets dont ils sont gardiens.
Peu à peu, ce mouvement plein de vitalité, tout en conservant des liens étroits avec sa source, le Tjukurpa (le Temps du Rêve), évolua vers des formes plus austères, travaillant des visuels à effet cinétique (alignement ou imbrication de lignes parallèles, brisées, courbes, répétition rythmique de carrés ou cercles concentriques), inspirés des gravures sur bois ou sur pierre (tjuringa et boucliers). Les oeuvres intitulées "Tingari" le plus souvent masculines et se référant aux mythes les plus secrets, prennent le plus souvent cette forme plus abstraite que symbolique.
George Tjungurrayi Hairbrush initia cette manière qui eut immédiatement l'heur de plaire à notre oeil occidental.
Il fut suivi par la quasi majorité des peintres hommes dont son frère Willy Tjungurrayi(ci-contre).
Les oeuvres de ce dernier sont souvent faites d'interminables lignes ondulées dans une couleur ocre monochrome miroitant à travers la toile sur un fond pâle. Elles figurent les collines de sable et de la grêle féroce qui tua les ancêtres Tingari dans le Temps du Rêve.
Tout au contraire la toile du haut, reprend des motifs traditionnels.
C'est une oeuvre collective réalisées sous la direction de Willy dont la vue est aujourd'hui trop faible pour réaliser un long travail de
pointillisme.
Willy Tjungurrayi est né vers1936, il rejoignit les peintres de Papunya Tula en 1976 aux côtés de Yala Yala Gibbs Tjungurrayi. Il est reconnu comme l'un des plus talentueux peintres de cette première génération.
"Nous sommes le plus ancien peuple de la terre" se plaisent à répéter les Aborigènes.
Jusqu'en septembre dernier, on mettait cette affirmation sur le compte du penchant de ce peuple pour le mythe et la poésie.
Tous les hommes modernes, expliquaient doctement les anthropologues, sont issus d'une seule migration d'Afrique vers l'Europe, l'Asie et l'Australie. Selon ce modèle, les Aborigènes d'Australie n'auraient été qu'une branche descendant de la population asiatique déjà séparée des Européens.
Mais voici qu'une étude génétique vient de rendre ses conclusions après examen d'une mèche de cheveux remise par un jeune Aborigène à un anthropologue il y a un siècle. Or, le séquençage du génome prouve que les Aborigènes australiens sont les descendants directs d'hommes qui ont émigré d'Afrique, le berceau de l'humanité, il y a environ 70 000 ans.
Les ancêtres des Européens et des Asiatiques ne sortiront d'Afrique que 24000 ans plus tard.
Les Aborigènes seraient donc bien l'une des populations qui, hors d'Afrique, vivent depuis le plus longtemps sur la même
terre. Et cette terre, île-continent très isolée du reste du monde, fut presque exempte d'influence extérieure, préservant ce peuple dans ses valeurs, ses croyances et son mode de vie tel qu'au
début de l'humanité
.
Un motif vieux comme le pays : La cérémonie de la pluie.
- La ligne ondulante au centre est la ligne de danse. - Les petits U qui l'entourent sont les danseurs.
- Les cercles centraux avec les U de part et d'autre sont des hommes autour de leur feu.
- Les points représentent la pluie.
- Les triples marques un peu courbes qui entourent les hommes symbolisent l'arc en ciel.
- Les deux U isolés à gauche sont les hommes qui mènent la cérémonie.
- Les lignes droites reliant des cercles concentriques de chaque côté du motif principal indiquent qu'un long voyage jalonné de lieux sacrés a été necessaire pour ce rituel.
C'est une très importante cérémonie.
Le tableau présenté si-dessus (Rain ceremony, Acrylique sur lin, 90x120cms,) est une oeuvre récente et collective réalisée par la famille de Willy Tjungurrayi sous sa direction.
Le motif, transmis de génération en génétation nous parvient de très loin.
Geoffrey Bardon en 1971 en avait fait un relevé (ci-contre) et un commentaire qui figurent dans dans son livre "Papunya, a place after the story".
John Lewis Tjapangati, Tingari, 122x76 - acrylique sur lin - Origine : Yuendumu, territoire du Nord, Australie
L'exposition Dijon 2012, "Peintres des Origines" réunira des toiles aborigènes d'Australie (désert de l'ouest) et adivasi (Warlis) de l'Inde.
Christian Tiercin vous invite à cette découverte du 10 au 25 février prochain dans son espace galerie : 30 rue charrue à Dijon.
Deux conférences seront proposées sur le lieu d'exposition : les samedi 11 et 18 février à 17h. Elles se feront sous forme de commentaire d'oeuvres exposées. Ainsi pourrez-vous découvrir les liens étroits entre l'expression picturale et les grands concepts de la pensée aborigène.
Entrée libre mais réserver car nombre de places limité.
Infos et réservations :
Christian Tiercin :03 80 30 76 56 ou Michel Panhelleux : 06 09 30 68 45
Laxmi, la montagne sacrée. Sanjay Parhad, 60x45cms,
Dung (bouse + argile et farine de riz+ colle) sur coton
Origine : Dahanu, Maharashtra, Inde
Le monde de l'art contemporain commence à connaître et à apprécier ces compositions bicolores où fourmillent de petits personnages dansant, chassant, collectant ou cultivant, entourés de forêts ou de rizières peuplées d'animaux sauvages et domestiques tout aussi joyeux. Il reste maintenant à en apprécier toute la portée spirituelle.
Cette toile est l'illustration d'un culte de fécondité nommé "Ravaal". Il se déroule loin du village dans les plantations de riz (c'est la scène principale de la toile). Il est dirigé par le chamane, et tous les hommes du village doivent y prendre part. Un trou est creusé dans un champ et un plant de calendula est installé en son centre. On joue de la tarpa (instrument à vent).
Cela dure sept jours.
C'est aussi une période de renouveau spirituel et d'enseignement pour les futurs initiés.
Dans la scène du haut, une femme accueille le chamane qui apporte le bien-être de la divinité dans sa maison.
Cette cérémonie se déroule en octobre et novembre
Jivya Soma Mashe, aujourd'hui âgé de quatre-vingt ans, est sans doute l'homme qui connaît le mieux l'immense réservoir de mythes qui forme le capital culturel des Warlis, et dont l'imaginaire, libre et fertile, est capable de le transcender dans ses créations.
Ce n'est pas un hasard si c'est par lui que l'art Warli a atteint la notoriété.
Au début de sa vie, à l'âge de 7 ans, Soma
perdit sa mère. Le choc lui enleva la parole pendant plusieurs années. Seuls les dessins tracés dans la poussière furent alors son mode d'expression. Cela impressionna beaucoup les gens de sa
communauté ce qui lui valut un statut particulier.
Cette période d'introspection et d'expression purement picturale développa son imagination et sa sensibilité artistique.
Le passage au papier et à la toile libéra sa créativité et en fit un artiste à part entière.
Sa peinture parle des temps anciens et évoquent une culture ancestrale. Des masses de points vibrent et
racontent la vie tribale et les légendes Warli, conférant à ses compositions un impression de vitalité intense et de mouvement qui est le sentiment profond du peuple Warli vis à vis de la
création, de la nature et la vie donnée aux hommes.
La première exposition de Jivya s'est tenue à la Galerie Chemould, Jehangir Art Gallery à
Mumbai en 1975 à l'initiative de Bhaskar Kulkarni, son découvreur et principal agent. Sa première exposition hors de l'Inde eut lieu en France à Menton en 1976.La France encore l'accueillit au
Centre Pompidou, à Paris en 1989. En 2003, il fut exposé au Musée Kunst Palast de Düsseldorf, en Allemagne et au Padiglione d'Arte contemporaneo en 2004 à Milan. Il exposa ensuite à la Shippensburg University, États-Unis en 2006 et à Halle Saint Pierre à Paris en 2007. En Juillet 2007, une autre exposition de ses peintures a
été tenue à Chemould Gallery, Mumbai. Le musée Branly accueillit ses toiles en 2010 lors de l'exposition « Autres Maîtres de l'Inde » consacrée aux arts Adivasi (Aborigènes)
En 1976, il a reçu le Prix national pour l'art tribal. En 2002, il a reçu le prix Guru Shilp. En 2009, il a été le récipiendaire du Prix Prince Claus pour la peinture Warli. En 2011, il a reçu le
Padma Shri pour sa contribution à la peinture Warli.
Jivya a une fille et deux fils. Ces derniers sont devenus des peintres connus.
Jivya Soma Mashe est un fondateur. Beaucoup de jeunes gens marchent sur ses traces et développent un art de grande qualité qui est aussi un apport économique pour la communauté warli.
On ne peut que regretter que cette expression traditionnellement exclusivement féminine ait été confisquée par les hommes au moment où elle accédait à la notoriété. Ceci est d'autant plus étonnant que les femmes Warlis ont toute leur place dans l'organisation traditionnelle, égalitaire, comme c'est souvent le cas dans les sociétés premières, et contrairement à la culture indienne qui les entoure.
Aujourd'hui même les peintures traditionnelles sur les murs des maisons sont souvent des oeuvres d'hommes. Comment une telle annexion a t-elle pu avoir lieu? Est-ce là l'influence de la société environnante avec laquelle il a bien fallu composer? ou bien est-ce que l'activité, devenue économique et extérieure, échoit par nature aux hommes?
Toutefois rien n'est perdu et des femmes artistes commencent à émerger, paraît-il. Nous ne les avons pas rencontrées mais espérons bien pouvoir en exposer prochainement.
Jakamarra (ou Tjakamarra),
est un peintre de la seconde vague du mouvement contemporain de l'art aborigène. Il est considéré en Australie comme une sorte de modèle par la qualité extrême de son travail et par son
engagement dans la défense de sa culture.
Bien qu'éduqué à l'école européenne de Yuendumu, ou peut-être à cause de cela, il défend ardemment ses origines et ses valeurs. Fils d'un nyankari (chamane), il fut initié rituellement parallèlement à sa scolarité.
Sur le plan artistique Il fut enseigné par Billy Stockman et Old Mick Tjakamarra, et resta longtemps fidèle au style construit à Papunya : clair, contrôlé et méticuleux.
Son lieu de naissance est à la croisée de nombreuses "pistes du Rêve", ce qui lui donne accès à une vaste connaissance des mythes du dreamtime ( Yam, opossum, fourmi volante, deux kangourous, serpent), base de sa création artistique.
Dans les années 80 il connut le succès: En 84, il remporta le National Art Award. Peu après, fut commissionné pour un travail majeur : un décor de 27m de long dans l'opéra de Sydney. Puis on lui commanda une mosaïque de 190m2 sur l'esplanade du parlement de Canberra. A l'occasion de cette inaugutaion il fut présenté à la reine Elisabeth. En 89, la firme BMW lui fit peindre une voiture qui est aujourd'hu dans une collection privée.
Loin de lui monter à la tête, cette position lui permit de prendre un rôle important dans la lutte des Aborigènes pour la reconnaissance de leurs droits.
C'est à partir des années 2000 que, délaissant les contraintes du pointillisme, Jakamarra se recentra sur l'essentiel et se mit à travailler les purs symboles de son héritage spirituel, démarche qui n'a de sens qu'après un long chemin et qui est le propre des hommes ou femmes de grande connaissance.
Présentés ici : Lighting strikes(tout en haut et ci-dessous à gauche), Marlu( ci-dessus à
droite), meeting place(ci-dessous à droite) -. Acrylique sur lin, format 91x71
Ramesh Hengadi - fond : peinture à l'eau, motifs : huile - 180x122 cms
Situé sur la côte ouest de l'Inde, au nord de Mumbai, le territoire des Warlis s'étend entre mer et montagne. La chasse traditionnelle a été peu à peu remplacée par l'agriculture au fur et à mesure du recul des forêts. La montagne est le refuge de la vie sauvage. La pêche est active en rivière et en mer.
DETAIL
Ramesh Hengadi vit à Bapugoan dans le district de Thane.
Il peint depuis 15 ans. Enfant, il accompagnait souvent sa mère tandis qu'elle peignait les "Chowks" (images rituelles) lors des fêtes.
C'est ainsi que tout jeune il intégra les connaissances nécessaires à cette activité traditionnellement féminine.
Aujourd'hui, Ramesh consacre du temps à enseigner aux enfants pour maintenir la culture tribale des Warlis.
Plusieurs articles de presse et des interviews télévisées lui ont été consacrées.
Il est l'un des trois auteurs du livre "Faire", édité par "Rue du Monde", un recueil de superbe sérigraphies.
Body paint, 91x76
Narpurla Scobie commence par tracer les lignes de danse (les deux lignes sinueuses en miroir), puis les héroïnes (sous forme de doubles U qui ne sont pas sans évoquer les seins peints des danseuses), puis les fruits sauvages (bush potatoes) que les femmes mythiques trouvèrent sur leur chemin. et enfin un campement (3 femmes assises).
Ce sont les éléments d'une histoire attachée à un lieu.
Lorsque Napurla et
ses soeurs se mettront en devoir decélébrer ce site et l'épisode évoqué ici (un v oyage-aventure du temps du
Rêve), elles peindront le haut de leur corps et en particulier les seins et les épaules de ces mêmes lignes sinueuses.
Une toile aborigène renvoie tout à la fois à des héros, à un mythe, lui même à l'origine d'un territoire, mais aussi au clan qui en est le gardien et qui le fait vivre par ses cérémonies, au corps des danseurs ou danseuses qui en sera magnifié.
Le temps se condense, le présent renvoie au Tjukupa (l'espace temps du rêve) et la vie quotidienne devient reviviscence des actes initiés par les héros mythiques, Esprits ancestraux créateurs du monde.
Intitulé "Body paint", ce thème est le préféré de Napurla. Elle confie à mi-voix que cette danse, pour les femmes, est "magic love". Nous n'en saurons pas plus. Dommage...
Nous étions très inquiets, en arrivant à Alice Springs, de l'état de santé de Nyurrapaya Nampijinpa Bennett alias Mrs B. Aux dernières nouvelles son bilan de santé était fort inquiétant.
Mais nous avons eu le plaisir de trouver une petite dame bien installée sous l'auvent de l'atelier Yanda, certes affaiblie, mais plutôt guillerette, heureuse de notre visite et nous gratifiant de rires, de chants et d'un discours prolixe et enjoué, qu'hélas, trois fois hélas, nous ne comprenions pas.
Les mois qui viennent sont le moment du regroupement des Aborigènes dans leur communauté, cela correspond aux grandes cérémonies de la saison sèche,
mais Mrs B ne rentrera probablement pas à Tjukurla, sauf pour un court séjour, car la vie dans le bush est devenue
trop dure pour une vieille dame comme elle.
Elle ne se lève que difficilement et avec de l'aide. Elle restera à Alice Springs aux bons soins de Stew, son dévoué bushman.
Excellent signe, après une longue période d'inactivité, elle a réclamé à peindre. On lui a donné de petites toiles et elle a réalisé plusieurs excellents petits tableaux.
Quand elle ne peint pas, elle attend les visiteurs, parle aux chiens et aux oiseaux, et chante.
Cette toile de 2010 est sans doute l'un des derniers grands formats peints par Mrs B.
152x122
Origine : nord du Maharashtra, tradition Warli, Inde
medium : fond : peinture à l'eau sur coton (vert sombre), motifs : peinture à l'huile - 89x55cms
Du haut en bas
- Les paons annoncent la saison des pluies
- Des nuages masquent le soleil.
- La pluie tombe, les personnages s'abritent sous des feuilles ou avec des abris de bambous tressés. Ils regroupent les boeufs.
- On repique le riz
- La pluie continue, on laboure. Scènes de la vie quotidienne :une femme sème des lentilles (à gauche) une autre berce un enfant dans un
hamac(à droite), on recueille l'eau du toit, etc..
- La pluie faiblit, les abris de bambou restent à portée de main, on récolte le riz.
Les
personnages sont formés de deux
triangles,
symbole de l'équilibre parfait. Les femmes se distinguent par le chignon.
Vous pouvez voir ces peintures lors des expositions que nous organisons dans différentes villes de France ou sur rendez-vous.
Contact : 0609306845 wanampi.mp@orange.fr
Partenaires :
Dijon : Espace Christian Tiercin, 30 rue charrue ; Lyon exposition permanente, l'Encadreur du Parc, 38 rue Tête d'or; Nice : Exposition permanente, Noor Arts, 2 rue Valperga, 0607937475; Strasbourg : Noor Arts, tel : 0607937475