Aborigènes : Pourquoi ils "performent".

Publié le par Wanampi

Carol Stevens, Mynima kutjara (les deux femmes), 152x122 cm
Carol Stevens, 152x122 cm. Minyima kutjara (histoire d'une femme qui chercha sa soeur cadette pour la ramener dans la tribu, et pour ce faire, marcha de point d'eau en point d'eau, guidée par les étoiles.

La performance aborigène est une séquence théâtralisée qui mêle la danse, le chant, la peinture.

La peinture aborigène contemporaine est, on le sait, l'héritière d'un art pictural rituel. Cette peinture vieille comme l'humanité se fait sur les corps, le sol, les rochers, et n'est pas destinée à passer à la postérité. Sa fonction est de rendre visible l'invisible, de « présentifier" les esprits ancestraux. Elle fait partie d'ensembles cérémoniels complexes qui comportent de nombreux chants, danses et scènes théâtralisées… On rejoue les mythes créateurs.

À quelle nécessité cela répond-il ?

Le "Dreaming" ou Temps mythique de la création, met en scène des personnages surnaturels, géants ancestraux qui sont des forces vives. Ils sont pourvoyeurs de l'énergie native, mais ces "ancêtres" qui n'ont pas encore inventé la loi de vie en société, vivent au gré de leurs pulsions, se volant, s'agressant, s'entre dévorant sans état d'âme. Cet univers violent et chaotique, réservoir d'énergie indifférenciée où les éléments ( étoiles, roches, pluie, vents, animaux, ancêtres, plantes…) mutent sans cesse, s'organisera pour devenir le monde que nous connaissons. Pour cela la Loi, interdits et obligations, est donnée aux Hommes.

Depuis, les "forces ancestrales" dorment dans la terre. Mais pas question  de les oublier, sinon, leur force vitale pourrait déserter le monde. Les « performances » répondent à cette nécessité.

Parmi elles, certaines, pratiquées secrètement par les hommes « sages » c’est-à-dire suffisamment initiés, sont données dans les lieux où l'on sait trouver les esprits ancestraux endormis (Piti = creux). Elles ont pour but de les éveiller à une nouvelle incarnation afin que se renouvellent les espèces et que les femmes de la tribu soient enceintes. En parallèle, et en d'autres lieux, se tiennent des rituels de magie amoureuse.

Toutes les formes « artistiques » sont alors convoquées pour exprimer ce désir de renaissance, on peint, on chante, on danse, on représente le mythe attaché au lieu et à l'ancêtre concerné (un animal, une force, un végétal).

On a longtemps cru que les Aborigènes ignoraient la paternité physiologique. Il n'en est rien, simplement la véritable paternité pour eux est d'abord ce lien à l'ancêtre qui va donner son âme éternelle à l'enfant à naître.

Il existe bien d'autres occasions de performer (ce qui est à la fois un devoir, une nécessité et un grand bonheur) et c'est à chaque fois une revivification des personnes, un renforcement du lien social et un ressenti profond du monde sacré.

Pour les Aborigènes (et sans doute pour nous aussi, même si nous voulons l'ignorer) la voie royale vers le surnaturel (le spirituel dirons-nous plus volontiers) est " l'Art " : peindre, danser, chanter, jouer… Il faut, pour préserver ce monde instinctuel pourvoyeur d'énergie, rappeler sans cesse les mythes du Temps du Rêve, mais aussi rappeler la loi qui a été donnée au Hommes pour bien vivre.

 

Publié dans ART D'AUSTRALIE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article