Damien et Yilpi Marks, interprétation d’une œuvre
Dans un tableau aborigène, Le pays (Ngurra) n’est pas montré comme une terre à contempler, mais comme une entité vivante, parcourue, connue, chantée, transmise.
Damien (Pitjantjatjarra) et Yilpi (Warlpiri), couple emblématique du désert, vivent et peignent ensemble depuis de longues années.
Ce motif, intitulé Aralya, fréquemment représenté par le couple, appartient à Yilpi (histoire, territoire où se déroule l’action, secrets d’initiée etc…). Damien ne revendique ni le mythe ni les secrets qui y sont liés. Il peint avec l’autorisation et sous la direction culturelle de Yilpi. Son rôle est technique et collaboratif. Parfois les rôles sont inversés avec les histoires dont il est lui-même gardien.
« Aralya » est une histoire complexe dont seule la partie profane nous est contée : Aralya, un héros du Temps du Rêve, est fier de ses grandes qualités de chasseur. Malgré les mises en garde des faiseurs de pluie qui ont appelé l'eau du ciel, il refuse de renoncer à sa partie de chasse. Pressentant le danger, les femmes partent à sa recherche. Elles suivent les traces de pas du chasseur. En chemin une violente grêle s'abat sur le pays et elles trouvent refuge dans les grottes qui bordent la rivière. Lorsqu'elles retrouvent Aralya, il est étendu mort, tué par la grêle.
Cette œuvre fonctionne comme une carte du territoire vue d’en haut. On n’est pas dans une perspective occidentale (horizon, profondeur), mais dans une vision cosmologique et géographique simultanée : des aspects de la terre, des parcours, des lieux de vie et des récits sont tous présents au même niveau.
Le tableau est structuré par :
Un axe sinueux blanc, qui marque le chemin erratique du chasseur. Chaque évènement de son parcours crée un site sacré (les cercles concentriques qui le jalonnent) imprimé dans le territoire (source, grotte, rocher, faille…)
De part et d’autre, des itinéraires suivis par les femmes à sa recherche avec, également, la création de site sacrés (les grottes qui les abritent). Ces itinéraires montrent les femmes (Motifs en U) explorant.
Les pavés de couleurs sont les pas d’Aralya.
Les formes arquées jaunes/orangées (en éventail). Leur forme dynamique donne une impression de mouvement inscrit dans la terre, comme si le paysage portait encore l’énergie des actions passées. Peut-être les marques liées à d’autres récits ancestraux sous-jacents.
Des zones colorées, finement travaillées, montrent la diversité du territoire : zones de végétation, de minéraux, de sols différents, ressources spécifiques (eau, nourriture, plantes).
Un travail de pointillisme dense unifie le tableau et crée une vibration visuelle, en lien avec le sacré. Ce procédé peut aussi voiler certaines informations (traditionnellement, le pointillisme permet de rendre l’image publique sans livrer tous les détails).
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Voir des œuvres antérieures ici et ici
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